François Fillon, le bon filon ?

François Fillon sera-t-il le bon filon pour nous mener à la victoire en 2017 ? Décryptage.

L’éclat du succès a commencé à retentir à partir de 21h00. Les résultats annoncés par la Haute Autorité étaient certes toujours provisoires, mais concernaient 90 % des bureaux de vote en France. Fillon est donc le grand vainqueur de la Primaire avec environ 68 % des voix en sa faveur. Il terrasse ainsi (très) largement celui qui, il y a encore trois semaines, était ultra-favori pour remporter cette primaire. Mais les débats – surtout le troisième – ont montré la force tranquille et apaisante de l’ex Premier Ministre français et actuel député de Paris.

François Fillon était bien parti, depuis l’annonce de sa candidature en mars 2015 mais il lui manquait ce petit quelque chose – il trustait souvent les troisièmes places dans les sondages d’intention de vote. Son rapprochement – tacite mais réel – envers les catholiques français, électorat majoritaire de droite (« N’ayez pas peur », les mots de Jean-Paul II), ou encore ces signes subtils en direction de La Manif’ Pour Tous (il souhaite réécrire la loi Taubira sur le mariage homosexuel et interdire la GPA et la PMA, contrairement à Sarkozy qui a refusé de revenir dessus) ont fait basculer un certain nombre d’électeurs, ceux qui hésitaient entre Poisson (1,3 % des voix au total au premier tour) et lui-même au premier tour. Puis, toujours tranquille, humble, les électeurs lui ont renouvelé leur confiance – le nombre d’électeurs a même encore augmenté, passant à environ 4,6 millions de personnes.

Tout d’abord, cette primaire est une victoire dans son ensemble. Elle a battu un record de participation – alors que beaucoup de gens à gauche principalement critiquaient son ouverture et l’existence même de ce scrutin – qui s’est élevé à 4,6 millions de votants au deuxième tour. Du jamais-vu dans l’histoire de France (c’est le double de participants par rapport à la primaire dela gauche en 2011). C’est donc un succès historique qui a vu Fillon triompher, et ce d’une manière éclatante.

C’est aussi un succès car tout s’est bien déroulé, mis à part quelques couacs rapportés par Le Figaro à l’ouverture des bureaux, ces deniers n’ayant pas prédit une telle mobilisation. Et c’est un succès car cela démontre que la démocratie a encore son mot à dire et que, même si elle a des défauts, elle n’est pas encore morte. Elle a montré qu’elle avait aussi son mot à dire – étant très décriée, surtout depuis la victoire de Donald Trump aux USA.

Je ne vais pas vous décrire chaque point du programme de Fillon ou revenir sur ces « polémiques » concernant l’avortement par exemple – des tentatives de récupération du camp d’en face, disent d’ailleurs les fillonistes. Pour moi, même étant pour Alain Juppé (ceux qui me connaissent savent…), François Fillon incarne cette idée de la droite tranquille. J’y reviendrais.

Fillon a eu le mérite de vouloir contenter un maximum de gens – mis à part, peut-être, le centre droit (UDI + MoDem) – au risque de devoir, dans le futur, faire une croix sur certaines mesures pour ne blesser personne. C’est un homme bon et humble – en témoigne son discours après le premier tour, alors qu’il a quand même infligé une raclée à tous ses concurrents.

Alors oui, c’est un homme de droite. Il veut notamment réécrire la loi Taubira – ce que j’approuve entièrement*. Il prend parti sur certaines choses et son programme économique est bien celui d’un homme de droite, à la Margaret Thatcher (comme l’ont par ailleurs souligné les médias étrangers, comme Die Zeit ou le très renommé Time). Mais c’est pour moi la vraie définition de la droite. Pas la droite centriste – celle qui est plus mesurée, plus « moderne », comme la décrivent les détracteurs de Fillon – mais ce n’est surtout p as la ligne de Sarkozy, qui est tombé dans ce piège dangereux de s’être laissé attiré par le FN – au risque de changer carrément d’avis sur de nombreux points.

Les défis qui attendent Fillon sont grands. Il est pratiquement assuré de devenir le prochain président de la République (ne mettons surtout pas la charrue avant les bœufs, mais croisons les doigts…). Il devra, avec son gouvernement, relever une France à la peine. Redonner un maximum d’emploi. Sortir de cette foutue spirale déflationniste. Redonner une grande place à la France sur la scène internationale, lui redonner une légitimité, un poids qu’elle a malheureusement perdu suite aux erreurs et égarements de François Hollande – sur le cas de la Russie, pour ne citer que lui. Il devra faire face à une méfiance politique, à des enjeux géopolitiques et géostratégiques importants : la guerre en Syrie, celle au Proche-Orient, ou encore la notre, sur notre propre sol : la guerre du fanatisme islamique, la guerre contre le terrorisme. Il a des défis à relever dans les domaines de l’éducation, de l’économie, de l’industrie, dans le domaine de l’éthique, le social et même le religieux (le cas des destructions d’églises pourtant classées ou encore l’ouverture dangereuse de ces mosquées hors de contrôle de tout, financées par des fonds occultes et qui sont fanatiques). Son quinquennat – s’il est élu en mai – ne va pas être facile. Il passe après Hollande. C’est comme passer après un ouragan pour tout nettoyer et reconstruire.

Mais j’ai confiance qu’il le fera. Il a démontré par le passé, avec ce mandat de Premier Ministre, qu’il était excellent. Il a mené la barre de son gouvernement pendant 5 ans – Nicolas Sarkozy n’a pas eu besoin de se séparer de lui et de refaire des gouvernements tous les trois mois.

Il devra être, en résumé, ce qu’il a incarné pendant toute cette campagne. Plus calme que Sarkozy, plus ferme que Juppé et surtout moins extrême que Poisson, il a séduit les électeurs de droite – et même certains de gauche qui ont voté par conviction. D’aucuns diraient que c’est un vote barrage à Juppé – ce n’est qu’à moitié vrai (on lui reproche entre autres son « islamisation », ce à quoi je ne crois pas du tout). A lui de prendre ce résultat non comme une punition pour les autres mais comme sa victoire, comme une injonction. Une injonction à l’union, la fermeté, la sérénité. L’injonction à fuir le « modèle » Hollande – pouvons-nous encore sérieusement parler d’un ‘parti’ alors qu’ils sont désunis et en pleine dérive ? L’injonction de faire campagne – et sûrement de gagner – pour relever cette France que certains désiraient voir à terre. François Hollande l’a mise à genoux. Le plus grand défi de Fillon sera donc de remettre cette France debout.

* Vous pouvez participer au débat en me mentionnant sur Twitter ou en postant des commentaires sous cet article. Attention, ceux-ci sont soumis à une modération suivant une charte bien précise que vous pouvez trouver ici.

1 réflexion sur « François Fillon, le bon filon ? »

  1. A reblogué ceci sur La Plume Libreet a ajouté:
    Le décryptage du rédacteur en chef et co-fondateur de La Plume Libre, Stanislas Racine, sur la victoire de Fillon lors du second tour de la primaire de la droite.

    Aimé par 1 personne

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